Livre 3 : Du Maroc à la Mauritanie

Traversée de l’Afrique en caravane
par Claude Poirier

Livre 3 : Du Maroc à la Mauritanie

Tiznit, mardi 23 novembre 1999 :

« Tu es un homme riche ! Un homme qui a une voiture et une caravane est forcément un homme riche ! ». Prononcés par le gardien du camping ces mots me surprennent puis, en y réfléchissant, j’évalue ce que lui ne pourra jamais se payer avec son maigre salaire. Il est normal que je le fasse rêver avec mes véhicules.

Pour lui c’est une évidence et pour moi la base d’une réflexion. Je sais que ce pauvre bougre a raison, mon sort est enviable… Je suis riche d’une idée originale et de pouvoir la vivre. Je vis ce que j’ai envie de vivre et je passe mes nuits là où je veux, sur les falaises dominant l’océan ou sur un bout de désert et d’y observer la multitude d’étoiles qui s’y dévoilent.

Carte du Maroc

Laayoune – Sud du Maroc, jeudi 25 novembre 1999 :

Depuis onze jours, en dehors des quelques heures d’une pluie diluvienne qui s’est abattue sur la capitale, le climat est celui d’un début d’été à Paris. Seules les nuits sont fraîches et, après avoir passé mes journées en tee-shirt, j’apprécie la chaleur de ma doudoune et le confort de ma couette.

Depuis notre entrée au Maroc, on me vante les prix alléchants des carrossiers marocains. Profondément marquée par une manœuvre malheureuse contre le mur en crépi d’un parking parisien, l’aile arrière droite de Charly porte les traces de mon inexpérience avec un véhicule de cette dimension. Affaibli par endroits, le plancher de Nadrêva doit être aussi renforcé. Les 700 dirhams (70 euros) demandés pour refaire la peinture et la tôlerie de l’aile, la vidange, changer les filtres, vérifier les freins, ajouter quatre traverses sous le plancher et une cornière autour du coffre de ma caravane sont dérisoires.

Caravane Nadreva au Marox

D’agréables odeurs s’échappent du tajine que vient de m’apporter le jeune apprenti alors que les hommes du garage s’affairent encore autour de mon attelage. Ils y travaillent depuis le début de l’après-midi. Un délicieux repas typique livré à domicile, sans que la moindre commande ait été passée. L’hospitalité de ce pays n’est pas usurpée.

La proche gendarmerie royale veille sur la petite cité, le souk est encore ouvert, le grossiste livre ses clients en eaux minérales et autres sodas. Les parfums épicés du marché, la bonne odeur des pains cuits dans de vrais fours à bois et les effluves diffusés par les poissons présentés en vrac dans des caisses en bois accueillent les petits paysans, venus parfois de loin pour vendre leur production de pommes de terre ou de tomates. Plus proche de moi, l’un des commerçants vante les mérites de ses casseroles en aluminium alors que d’autres façonnent des tajines en argile…

Sur la route de Laayoune à Dakhla, vendredi 26 novembre 1999 :

L’asphalte de la route est très abrasif et le pneu droit de ma caravane en a souffert. Au cours des quelques centaines de mètres qui suivirent l’explosion, j’ai vraiment craint que mon rêve ne s’achève sur cette route déserte. Une route à deux voies où n’existe aucun carrefour ni intersection, jonchée par les débris des nombreux pneus.

Depuis Tiznit (située à plus de onze cents kilomètres) elle est balayée par le vent et bordée d’un désert de pierres. Une route où, au milieu de nulle part, comme survivants à un gigantesque séisme, gendarmes et policiers surgissent régulièrement de guérites en bois pour enregistrer mon passage. J’y ai rencontré, seul et à vélo, un Japonais qui traverse ces contrées désertiques où ne survivent que des bergers Sahraouis et leurs troupeaux de chameaux.

Carte de Dakhla au Maroc

Sur la route de Dakhla à Nouadhibou lundi 29 novembre 1999 :

A l’extrémité du camping de Dakhla, gisent les carcasses de trois caravanes que j’observe pensivement. Le directeur en poste depuis vingt ans m’apprend qu’aucune caravane n’a résisté au traitement de choc qui nous attend sur le « Bouchon » et que ceux qui ont essayé sont tous revenus perdants.

Les formalités de douane et de police étant effectuées, j’attends patiemment le départ du convoi militaire qui accompagne les soixante-deux véhicules et les cent vingt personnes qui les occupent jusqu’à la frontière mauritanienne. Muni de nouveaux pneus d’occasion et de planches de désensablement, je suis prêt à affronter ce qui pour tous est là où Nadrêva sera mise à mort.

Mon attelage à Dakhla

Ayant rejoint Dakhla par le bus et en taxi, les cyclistes du camping de Salé sont à bord de voitures qui attendent elles aussi le départ du convoi qui s’allonge sur quatre longues files. Autour de mon attelage, il y a un Allemand qui, hier soir, dînait et dormait dans sa Mercedes, un photographe français qui couvrait le « Dakar » et qui part au Sénégal pour y vendre sa vieille R18, les membres d’une O.N.G. franco-béninoise à bord d’un 4×4 Toyota flambant neuf et d’autres Français à bord de camionnettes et de vieilles voitures dont je me demande comment elles peuvent encore rouler.

Convoi de véhicules

Un peu plus loin, stationnent de récentes et fringantes Mercedes et Land-Rover appartenant à des Mauritaniens qui passent de la marchandise (et peut-être les voitures en contrebande). Les militaires, les civils enrubannés et les femmes voilées n’ont d’yeux que pour Charly et Nadrêva qui, en tête de file, attirent des regards curieux ou amusés. Une information circule d’un véhicule à l’autre : les deux précédents convois ont été attaqués entre Nouadhibou et Nouakchott ! Voitures volées et passagers dépossédés de leurs biens sont au centre des conversations. Je pense au routier espagnol et à mes véhicules qui ne sont pas assurés. Quatre heures plus tard, l’ordre est donné : le convoi peut amorcer son premier parcours de quatre cent vingt kilomètres.

Dans l’enceinte du campement militaire où le groupe bivouaque pour la nuit avant d’accéder en Mauritanie, je fais le bilan cauchemardesque de cette journée. Heurtée par l’une des voitures mauritaniennes qui nous doublait à vive allure sur une route étroite, Nadrêva a une large plaie sur le flanc gauche, la cuisine est en partie défoncée et la Mercedes qui a fait plusieurs tonneaux est hors d’usage.

Voiture Mercedes accidentée

Je suis, de plus, accusé par la gendarmerie marocaine de délit de fuite. J’ai beau leur dire que je me suis arrêté sur les lieux de l’accident et qu’il est difficile de fuir un convoi militaire qui vous conduit vers une extrémité fermée, rien n’y fait. M’accusant d’avoir créé l’accident en essayant de le doubler par la droite, le Mauritanien m’accable, m’injurie et met ma parole en doute. Je ne suis plus qu’un hors la loi responsable d’accident pour lequel je nie tout.

Puis, d’un coup, le ton employé change du tout aux tout… Convaincus par mes dires et surtout par les premières constatations effectuées sur les lieux, les gendarmes me donnent raison. D’autant plus que le Mauritanien est connu de leurs services pour avoir tué l’un des leurs l’année précédente sur la route.

Rassuré par ces déclarations, j’observe ma belle compagne qui bien que sacrément endommagée reste réparable. Quant à la vaisselle, pour la plupart brisée, je m’en moque. Les Baby’s et moi sommes vivants, nous pouvons poursuivre notre voyage jusqu’à Nouadhibou, c’est tout ce qui m’importe.

Caravane Nadreva accidentée

Sur la route de Dakhla à Nouadhibou mardi 30 novembre 1999 :

Ce matin, le chauffeur de la Mercedes et d’autres de sa bande reviennent à la charge. Dans leur délire, ils me menacent (comme la veille) et m’intiment l’ordre de racheter leur véhicule. Face à mon refus, ils me menacent de poursuites détestables. Ceux du groupe des Européens qui connaissent la Mauritanie me conseillent de rebrousser chemin. Selon eux, je ne franchirai pas ce pays et les Mauritaniens me confisqueront mes véhicules et mon matériel.

D’autres surenchérissent et me disent que je n’arriverais pas à me débarrasser de ces brigands et que je vais au devant de graves ennuis. Ils ont raison, mais n’ayant plus rien à perdre, je n’ai pas envie de renoncer. Ce que j’ai vécu en France où je ne représentais plus rien et où j’étais à deux doigts de mettre fin à mes jours, ne me donne pas envie de faire marche arrière et de revenir sur mes pas au premier obstacle.

Carte de Nouadhibou en Mauritanie

Sur ce parcours de soixante quinze kilomètres, je crains à chaque instant que ma caravane n’explose. Je vis l’enfer sur une piste de pierres et de goudron défoncé, de dunes de sables à franchir et de rochers aux pointes acérées à éviter. Je prie la Sainte Vierge et mes Protecteurs afin que nous réussissions là où les autres caravaniers ont échoué.

Lors du passage de l’« obstacle fatal », alors que Nadrêva franchit avec succès ce terrifiant «Bouchon», je tremble en observant une vieille Mercedes et un fourgon Peugeot qui n’ont pas résisté à la pression subie. Les membres du convoi sont tous solidaires, l’amitié prédomine. Je constate également les avantages du puissant treuil placé à l’avant de Charly. A chaque arrêt de la police ou des militaires, le chauffeur de la Mercedes m’insulte et me menace. Extrêmement heureux que ma caravane soit passée là où les autres se sont brisées, ses injures me laissent froid.

Au premier poste de contrôle mauritanien, le même homme porte plainte contre moi. Et, à la fin de cette journée éreintante et calamiteuse, après quatorze heures de conduite, le patron du petit camping de Nouadhibou découvre chez lui deux chiens exceptionnels et, pour la première fois de sa vie, une caravane. A onze heures du soir, le commandant de la Gendarmerie locale me convoque à son bureau. Fort heureusement, en officier instruit et intelligent, il comprend rapidement la situation. Au vu des dégâts occasionnés sur le flanc de Nadrêva, il me donne une nouvelle fois raison. Le commandant est clair et, tranquillisé par sa position, je peux dîner. A minuit, exténué, je plonge rapidement dans les bras accueillants et réconfortants de Morphée.

Nouadhibou mercredi 1er décembre 1999 :

Le Mauritanien et son équipe de malfrats ne se contentent pas de mentir et de me menacer, ils me poursuivent dans tous mes déplacements et contrôlent chacun de mes mouvements alors que j’effectue les démarches d’assurance et de police me permettant d’être en règle avec ce pays. Conscient du danger, je ne sais pas comment m’extraire de ce guêpier. La piste par laquelle je comptais préalablement me rendre à Nouakchott n’est plus envisageable. Mes poursuivants doivent forcément m’y attendre. Ayant cachés mes véhicules dans une auberge, je me rends à vélo chez le directeur local de la compagnie ferroviaire qui décide de m’aider.

 

Samedi 4 décembre 1999 :

L’embarquement à bord du train minéralier qui relie Nouadhibou à Choum dure depuis plus de trois heures. Heureux du tour que je joue aux hommes qui me poursuivent, je m’imagine déjà que ma belle Nadrêva me servira de wagon restaurant et de voiture-lit et je me rassure en pensant qu’une nouvelle fois la chance est à mes côtés. Avoir trouvé une solution en si peu de temps est sans conteste un exploit.

Nadreva sur le train

L’un de ceux qui amarrent mes véhicules avec des fils de fer torsadés sur la plate-forme vient de me dire que je ne peux pas partir, que ces hommes me cherchent partout ! Ces paroles n’entament en rien ma bonne humeur, je suis sûr de leur échapper, du moins pour quelques heures.

Cette belle euphorie est sans compter sur la fatalité africaine. Accrochée aux cent quatre-vingt-sept autres wagons roulant à vide, la plate-forme de ce train maudit, équipée de roues et d’essieux usés, s’élance sur des rails ancestraux. Je comprends très rapidement qu’une nouvelle fois je me suis nourri d’illusions.

Embarquée à bord d’un train roulant à grande vitesse, ma belle Nadrêva grince, vrille ou se désarticule sur elle-même à chaque irrégularité ferroviaire. Le vacarme de ce damné train emplit mes oreilles de sons atroces. Je souffre et prie pour qu’elle n’explose pas. Je ne comprends pas comment elle résiste aux extrêmes pressions. Je crains que sa dernière heure ne soit arrivée !

Intérieur de Nadreva cassé

Charly souffre également et grince de partout. Brimbalé dans tous les sens, j’assiste, pour la première fois de ma vie, à un puissant tremblement de terre.

Lors d’un arrêt du train, sûr que je risque ma vie, le contrôleur m’ordonne d’aller me réfugier dans le wagon des voyageurs et d’abandonner le navire. Je refuse. Mes petits chiens et moi restons à bord où, embarqués sur les wagonnets d’un grand huit, nous ne souffririons pas davantage.

Placard ouvert pendant le voyage

Ce que nous vivons est effroyable. Ramassant continuellement tout ce qui tombe encore et encore. Remettant en place le frigo qui, détaché de ses ornières, vient s’échouer près des banquettes qui, comme les autres meubles, vibrent violemment. Anéanti, je m’assois par intermittence sur mon lit, j’y tranquillise les Baby’s qui eux aussi tremblent et je sollicite la bienveillance de la Vierge Marie comme celle de mon Protecteur.

Attelage sur le train

A la fin de cette nuit cauchemardesque dont je me souviendrai jusqu’à la fin de ma vie, à cinq heures du matin, le cyclone qui sévissait depuis douze heures s’interrompt. Comme les meubles, mes petits chiens arrêtent de trembler et la vie a de nouveau un visage normal.

Une nouvelle fois blessée, Nadrêva est encore sur pieds. Déchirés, les bas de caisse avants et arrières se balancent dans le vide. La penderie et les coffres banquettes sont détachés de leurs fixations. Inerte le frigo git au cœur du salon. Le reste de ma vaisselle n’a pas supporté ce nouveau séisme.

Arrivée du train

Surpris par la résistance de ma courageuse compagne, à Lourdes j’aurais crié au miracle. Persuadé qu’elle ne pourrait pas supporter de nouvelles épreuves, je constate avec joie qu’elle est beaucoup plus solide que je ne le pensais et je me demande même si elle n’est pas indestructible !

Choum, dimanche 5 décembre 1999 :

La citerne, comme la plate-forme où mes véhicules sont amarrés depuis plus de quinze heures, attendent patiemment qu’une locomotive veuille bien venir nous tracter de la voie où, à moins de cent mètres du quai de débarquement, nous sommes abandonnés.

Carte de Choum

La situation est des plus burlesques, l’ambiance est bon enfant et les autochtones rient de bon cœur en nous observant sur la plate-forme de leur train. N’étant pas autrement sensibilisé par mes déboires et par l’état lamentable de ma caravane, le responsable de la compagnie à Choum me demande mille francs pour ce passage qui aurait pu nous être fatal. Faute d’avoir autre chose à faire, je décide de la réparer partiellement. J’ai le temps ! Perdu dans les sables mauritaniens, le temps s’écoule à une autre cadence qu’en Europe.

Les habitants de la petite localité font de leur mieux pour que nous puissions atteindre Nouakchott. Ils apportent des clous ou des planches et des plaques d’acier récupérées dans leurs habitations. N’ayant jamais été habile de mes mains et détestant bricoler, je répare ce que je peux et nettoie ce que je peux. Douze heures de boulot pour redonner un semblant de jeunesse à ma maison mobile qui, en quelques heures, a vieillie de vingt ans. Pauvre Nadrêva, pauvre Charly, pauvres Baby’s, me répétais-je sans cesse.

Baby's à Choum

Voyager avec un dingue, quelle galère ! Un dingue qui malgré tout a de la chance et qui vit les pieds dans l’eau en plein désert. S’échappant de vannes mal refermées par des bergers et paysans du cru venus s’y approvisionner, le filet d’eau provenant des soixante-dix mille litres que contient la citerne arrimée à notre plate-forme a créé rapidement une mare de quelques mètres d’envergure. Profitant des largesses de cet énorme réservoir et de son liquide si précieux, les Baby’s se baignent pour atténuer la température ambiante.

Dès la nuit tombée, je profite de ce même bienfait pour prendre une douche réparatrice. J’en ai plein le dos et ce soir j’ai envie de fermer boutique à vingt heures. Je m’imaginais, quelques heures plus tôt, que tout était fichu et, maintenant, je me sens prêt à affronter de nouvelles incohérences dès qu’une locomotive voudra bien venir tracter les deux wagons abandonnés par un train minéralier reparti sans se poser de question.

 

Choum, lundi 6 décembre 1999 :

Ignorants volontairement notre situation, les trains suivent leur voie sans s’intéresser à notre sort. La machine de Choum est en panne. Cet incident ne concerne que cette petite localité où j’ai compté une cinquantaine de petites baraques abritant de pauvres gens pour qui ces mésaventures sont loin de leurs réalités journalières.

J’accepte ce qui arrive avec philosophie. Subissant le temps, je reçois la population qui à longueur de journée vient me réclamer des stylos ou d’autres présents provenant d’un monde dont ils ignorent tout. Revenus trois fois pour compléter leur procès verbal où ils constatent les dégâts occasionnés par ce train fou, les gendarmes deviennent des copains et caressent les Baby’s qui, aussi curieux que cela puisse paraître compte tenu de leur petite taille, inquiètent la population.

Les Baby's dans la rue

Des gendarmes nous rejoignent avec de grands sourires où se lit la plus parfaite incompétence pour résoudre le problème que je leur pose. Persuadé que les procès verbaux finiront au panier et, qu’une fois parti, tout le monde oubliera cet incident, je compose. Lorsque je les questionne pour savoir à quel moment nous avons une chance de quitter ce bourbier, la réponse est toujours la même : « Peut-être demain « Inch Allah» ! Deux jours après cette traversée cauchemardesque, je n’arrive toujours pas à me débarrasser des images effrayantes gravées dans ma mémoire au cours de cette nuit épouvantable.

 

Mardi 7 décembre 1999 :

Enfin débarqués de ce maudit train, complètement obsédé par l’état désastreux de Nadrêva et par la difficulté de la piste, je m’arrête afin de m’assurer que les dégâts n’empirent pas. J’invite Jazz et Zimba à me suivre. Après un bref tour d’horizon, je repars en les oubliant. Fort heureusement, la chance elle ne m’a pas oubliée ! Dépannés peu de temps avant, quatre autochtones ont récupéré les Baby’s et m’ont rejoint alors que je ne m’étais pas aperçu de leur disparition. J’imagine la tête qu’ont dû faire mes deux chérubins lorsqu’ils se sont retrouvés seuls en plein désert.

Attelage dans le désert

Exténué et couvert de poussière, je m’arrête pour la nuit dans un campement de nomades. Le bricolage effectué sur ma caravane à bord du train n’est plus qu’un vieux souvenir, les bas de caisse se balancent à nouveau dans le vide. En l’observant, je me demande comment elle a résisté aux neuf heures que nous venons de passer sur une piste délabrée.

Tente dans le désert

Fidèles à leurs traditions, les femmes mauritaniennes, qui vivent éloignées de l’autre tente où se trouvent les hommes, m’offrent le thé et un restant de couscous, un os sur lequel je peux ronger quelques rares lamelles de viande et du riz qui atténuent ma faim. S’enthousiasmant devant ma belle «compagne» qui, malgré son aspect déplorable, les fait rêver, les femmes de la tribu m’offrent à nouveau le sempiternel thé devant leur campement.

Femmes dans la caravane

J’observe le visage de ces femmes que le feu de bois illumine, rude et façonné par les sables du désert, il est difficile d’y lire un âge.

Le lait de chamelle offert aux Baby’s est le bienvenu. Comme depuis le début de notre randonnée africaine, les chèvres du campement sont curieuses vis-à-vis d’eux. A la fois intéressées et inquiètes par la présence des deux petits chiens, elles se regroupent et les observent. Les chèvres ne sont pas les seules à se poser des questions, les ânes, comme les chameaux et nos hôtes en font de même.

Camp de tentes

Jamais, ils n’ont vu de chiens aussi petits. Ils sont l’attraction du moment, celle qui animera les longues soirées d’hiver devant les tentes caïdales